« Journal d’une indésirable » par Regina Felsen-Torn, une femme juive polonaise internée à Rieucros en 1939, traduit et présenté par Michèle Descolonges (Éditions Ampélos)
Réfugiée juive polonaise en France, Regina Felsen-Torn est internée comme « étrangère
indésirable » par la police du gouvernement Daladier, à Rieucros, en
Lozère, en octobre 1939.
Elle s’évade en décembre 1940. Dans ce journal,
elle décrit la situation kafkaïenne des internées, mais également la
solidarité entre détenues et la force de résistance de femmes
injustement privées de liberté.
Document essentiel pour l’histoire des
camps d’internement français, ce récit fourmille d’informations sur les
compagnes d’infortune de Regina à Rieucros, seul camp de femmes en
France.
Sa publication est illustrée d’aquarelles inédites, réalisées
par Helen Maywald et Sylta Busse, permettant de visualiser le quotidien
de l’expérience concentrationnaire.
Écrit "pour les pauvres inconscients qui n’ont aucune idée du lieu où j’ai été déportée" par Regina Felsen-Torn, juive polonaise détenue au camp d’internement de Rieucros, ce précieux journal recouvre la période allant du 21 octobre 1939, date de son arrestation par la police française, au 10 janvier 1941, date à laquelle où, ayant réussi à quitter le camp (le 29 novembre) pour rejoindre Marseille, elle parvient enfin à retrouver à Paris son mari et leur fils. Hasard des dates : le 10 janvier 1941 est aussi celle où le statut du camp de Rieucros passera au stade de camp de concentration et deviendra un camp répressif.
Ce journal, rédigé en allemand et tenu de manière plus soutenue à partir d’août 1940, renseigne sur la vie quotidienne dans le Camp de Rieucros, ce camp peu connu, situé à quelques kilomètres de Mende (en Lozère), qui fut, à partir d’octobre 1939, le premier camp d’internement exclusivement réservé aux femmes. Dans cet univers où les hivers sont rigoureux et les conditions précaires (toutefois moins dures que dans d’autres camps), et malgré l’incertitude qui rend l’attente insupportable (car ces femmes ne connaissent ni le motif de leur arrestation ni le terme de leur détention), se mélangent Françaises et étrangères (600 environ) - Allemandes, Polonaises, républicaines espagnoles… – juives (vivant dans la crainte de se retrouver aux mains des nazis) et non juives, réfugiées, communistes, femmes politiquement engagées donc suspectes et "femmes de mauvaise vie". Or, ce qui frappe dans ces pages, c’est une situation de relative auto-organisation du quotidien sous la surveillance de policiers lozériens, au sein de laquelle les relations tissées entre ces "compagnes d’infortune", malgré leur grande diversité, sont synonymes de solidarité et d’entraide, véritable tissu de relations sociales souvent courtoises et empreintes d’amitié.
Les surprenantes aquarelles (scènes de vie sans doute peu représentatives de ce qu’était réellement l’univers du camp) dues à Hélène Maywald (une amie de Regina)
en rendent compte de manière très vivante et prouvent que l’activité artistique au camp pouvait créer une échappatoire salutaire.

C’est Edmond Thorn qui, en 2020, fit don au musée d'art et d'histoire du Judaïsme
(mahJ) du journal de sa mère, auquel son directeur,
Paul Salmona,
rend hommage dans sa préface au présent volume. La
publication de ce journal, cinq ans plus tard, élargit la visibilité
publique de ce don exceptionnel.
Traduit et présenté par Michèle Descolonges
Préface de Paul Salmona
Parution : mardi 20 mai 2025
| ISBN | 978-2-35618-272-2 |
|---|---|
| Éditeur | Éditions Ampélos |
| Date de publication | 19 mai 2025 |
| Collection | Témoigner |