Marseille en 1939-1945À la suite du débarquement américain en Afrique du Nord, Marseille se
retrouve occupée par l'armée allemande le 12 novembre 1942, comme le
reste de la Zone sud. Le SS Karl Oberg, en charge de la police allemande en France, fait
le voyage depuis Paris, et transmet à Bousquet les consignes venant de
Himmler lui-même.Deux jours plus tard, le 24 janvier, le général SS
Oberg, assisté du préfet René Bousquet ordonne aux habitants du
quartier du Vieux-Port, dont les ruelles sont considérées comme
dangereuses par les autorités allemandes, d'évacuer leur domicile dans
les deux heures, avec 30 kg de bagages. 30 000 personnes sont
expulsées. Mandaté par Laval, Bousquet demande le 14 janvier 1943 un
répit d’une semaine afin de mieux organiser l’opération et de faire
venir des renforts policiers. De plus, alors que les nazis se
préparaient à se cantonner dans les limites du 1er
arrondissement, Bousquet propose d’élargir l’opération à toute la
ville. Selon l’historien Maurice Rajsfus, il demande ainsi la complète
liberté d’agir pour la police française, qu’il obtient d’Oberg.Le 22
janvier, le Vieux-Port est complètement bouclé. La ville est fouillée
maison par maison, mis à part les quartiers résidentiels, durant 36
heures. La préfecture des Bouches-du-Rhône publie un communiqué le 24 janvier 1943 : « Pour des raisons d’ordre militaire et afin de garantir la sécurité de la population, les autorités militaires allemandes ont notifié à l’administration française l’ordre de procéder immédiatement à l’évacuation du quartier Nord du Vieux-Port. Pour des motifs de sécurité intérieure, l’administration française avait, de son côté, décidé d’effectuer une vaste opération de police afin de débarrasser Marseille de certains éléments dont l’activité faisait peser de grands risques sur la population. L’administration française s’est efforcée d’éviter que puissent être confondues ces deux opérations. De très importantes forces de police ont procédé dans la ville à de multiples perquisitions. Des quartiers entiers ont été cernés et des vérifications d’identité ont été faites. Plus de 6 000 individus ont été arrêtés et 40 000 identités ont été vérifiées. » 1 Le Petit Marseillais du 30 janvier 1943 ajoute : « Précisons que les opérations d’évacuation du quartier Nord du Vieux-Port ont été effectuées exclusivement par la police française et qu’elles n’ont donné lieu à aucun incident. »2 Marseille subit également plusieurs alertes aériennes. Le bombardement américain du 27 mai 1944 est particulièrement dévastateur et cause près de 2 000 victimes. Le 15 août 1944 a lieu le débarquement en Provence (nom de code : opération Anvil Dragoon). À cette occasion l'occupant fait sauter les installations portuaires : plus de 200 navires sont coulés et le célèbre pont transbordeur détruit. Les FFI de Marseille (et parmi eux Gaston Defferre) préparent la libération de la ville. Le lundi 21 août, ils lancent l'insurrection accompagnée d'un mot d'ordre de grève générale. Mais mal armés et peu nombreux, leur position est critique jusqu'à l'arrivée des tirailleurs algériens du général de Monsabert qui pénètrent dans Marseille le mercredi 23. Les combats avec l'armée allemande se poursuivront plusieurs jours, jusqu'à la capitulation du général Schaeffer le 28 août. Le 29, le général de Lattre assiste au défilé de l’armée d'Afrique sur la Canebière. Les diplomates à Marseille Consulat d'Argentine, 47 bd PérierConsul : Olivera Guillermo Consulat de Bolivie Consulat du Brésil, 2 rue Edmond Rostand Consulat du Chili, 64 cours Pierre Puget Consulat de Chine, 26 rue Nau Consulat de Colombie 305 rue Paradis Consul de Cuba Consulat des États-Unis, 6 place Félix Baret Consulat du Guatemala, 66 rue de Grignan Consulat du Mexique, 1 rue de la République Consulat de Turquie Consulat du Vénézuela, 1 Canebière Pétain à Marseille, 3 décembre 1940 Lorsque, au matin du 3 décembre 1940, le maréchal Pétain met le pied sur le quai de la gare Saint-Charles, on peut (lire que tout Marseille est descendu dans les rues pour l'attendre, pour le voir, pour l'acclamer ; l'itinéraire du cortège serpente paresseusement à travers les rues de la ville, évitant le chemin le plus court : or, partout l'affluence est compacte, vibrante, passionnée.« Vive Pétain !» crie sans cesse la foule, et le célèbre soldat, radieux, répond d'un large salut aux acclamations qui montent continuellement vers lui ; ses bras se chargent de jeunes enfants que lui tendent des mères souriantes ; sa moustache se penche sur ces mutilés qui roulent vers lui le fauteuil où reposent leurs membres brisés ; sa canne s'arrête à caresser un chien ; son pas s'égare jusqu'à ces proches baraques où sont déjà exposés des santons de Noël, chacun de ses gestes est salué d'une ovation sans fin... Cette ferveur n'est pas le produit d'une agitation artificielle : toutes les classes de la société, des représentants de toutes les professions, de toutes les catégories sociales y participent. Et ce ne sont certes point les catéchismes de la propagande qui ont inspiré le geste des pêcheurs, offrant pour le banquet les plus beaux des loups que le golfe a livrés la nuit précédente ou celui de ce modeste artisan qui a modelé en terre cuite l'effigie du vieillard. Il faut pourtant essayer de dénouer la gerbe de ces vivats, car le Maréchal, dès ce moment, est un personnage aux figures diverses : pour les légionnaires et les combattants qui acclament en lui les vertus militaires, il demeure, avant tout, le vainqueur de Verdun ; pour d'autres, il est celui qui a eu « le courage » de solliciter l'armistice ; pour d'autres encore, il est le mainteneur de la paix publique et le promoteur d'une restauration familiale ; pour beaucoup, il est l'architecte d'un ordre nouveau ; enfin, il est depuis quelques semaines le partenaire de l'inquiétant et mystérieux conciliabule de Montoire. L’éducation juive à Marseille sous Vichy (1940-1943) : une renaissance circonstancielle L’éducation juive à Marseille se limitait, avant la seconde guerre mondiale, à l’éducation religieuse donnée par les familles et par les Talmud Tora3, suivant les habitudes cultuelles et culturelles de l’israélitisme. L’enseignement religieux qui préparait les garçons à la bar-mitsva se faisait entre les deux guerres dans l’enceinte de la synagogue de la rue Breteuil et sous la surveillance d’Israël Salzer4, grand rabbin de Marseille depuis 1929, et de Georges David, président du consistoire depuis 1906. Deux ministres-officiants, Maurice Landeler et Henri Samuel, en avaient la charge. Quant aux filles qui préparaient la bat mitsva5, c’était le rabbin lui-même qui s’en occupait avec l’aide de son épouse Fanny. La cérémonie, contrairement à celle des garçons, était collective et réunissait au moment de la Pentecôte les filles habillées de blanc comme des premières communiantes chrétiennes. Un ouvroir accueillait les plus âgées le jeudi après-midi : elles y apprenaient à broder, à coudre, à dessiner et recevaient une instruction religieuse avant un goûter substantiel, sous le patronage de la Société des dames israélites de Marseille et de Fanny Salzer. Enfin, le grand rabbin animait un cercle d’études juives chez lui, tous les samedis après-midi.Toutes ces activités, partiellement interrompues au moment de la déclaration de guerre par la mobilisation du grand rabbin et par l’absence de son épouse sur le point d’accoucher, resurgirent lorsque, consécutivement à la guerre, la population juive de Marseille augmenta. Mais parler dès lors d’éducation juive en zone sud, c’est d’abord se situer dans un contexte politique particulier, celui du gouvernement de Vichy qui, tout en jouant d’une ambiguïté certaine, ne toucha pas aux aspects cultuels : les lieux de culte sont laissés ouverts, les associations cultuelles sont reconnues et maintenues après la création du Commissariat général aux questions juives en mars 1941, de même que la liberté de culte, mais une liberté relative. Vichy laissa une certaine marge de manœuvre au Consistoire central, seul représentant du judaïsme sur le plan religieux, même après la mise en place de l’Union générale des israélites de France (UGIF) en novembre 19416, ce que son directeur pour la zone sud, Raymond-Raoul Lambert, ne cessa de proclamer, pour sa zone au moins. Est-ce à dire que cette éducation se limite à une approche confessionnelle ? Cette vision était celle des Juifs eux-mêmes depuis la séparation de l’Église et de l’État et depuis la laïcisation de l’enseignement. En ce sens, on peut dire que Vichy se situe dans la continuité républicaine. Jacques Helbronner, président du Consistoire central, réaffirmait d’ailleurs en décembre 1941 : « Le seul lien qui unisse tous les Israélites, mêmes incroyants, c’est le lien religieux7. Cependant, sous l’influence des conditions difficiles qui leur étaient faites, la conception que se faisaient les Juifs de l’éducation juive devint de plus en plus culturelle. Conserver son judaïsme, c’était conserver une identité qui n’était pas uniquement religieuse ; d’autres composantes affleuraient. Nous nous contenterons dans cet article d’observer ce trait à travers les structures d’éducation mises en place à Marseille. Car, pendant la seconde guerre mondiale, la ville de Marseille et, par
voie de conséquence, sa communauté juive, étaient au cœur d’un
bouleversement. L’exode et la fuite en zone sud, comme l’a déjà montré
en son temps l’ouvrage de Jean-Michel Guiraud8, leur
donnent une place privilégiée sur le plan culturel. Paris n’était plus
Paris ; la capitale a passé le flambeau à la province, et notamment à
Marseille, devenue une des vitrines du judaïsme français. Celle-ci se
devait donc de répondre aux nouveaux besoins des repliés et réfugiés, et
l’éducation juive, pensée en termes de continuité et de survie,
préoccupa les dirigeants communautaires au moins jusqu’en 1943. Marseille qui comptait environ dix mille Juifs à la veille du conflit en abritait désormais un peu plus de 14 0009. "La nouvelle Jérusalem de la Méditerranée", ainsi baptisée dans un article fielleux du quotidien Le Matin10, avait accueilli beaucoup de réfugiés et de repliés venus surtout de la région parisienne ou d’Alsace. Comme les Juifs alsaciens arrivés en 1940 jouaient un rôle essentiel dans la politique d’assistance à Marseille, devenue dans la vie juive la « capitale des Œuvres sociales11, l’Association cultuelle marseillaise dut en tenir compte et s’adapter à la nouvelle donne, car les nouveaux venus pratiquaient pour beaucoup le rite ashkénaze et étaient plus exigeants en matière de Halaha12. Par ailleurs, l’organisation consistoriale alsacienne avait conservé le système concordataire, la loi de Séparation de 1905 ne s’étant pas appliquée en Alsace-Lorraine du fait de son appartenance à l’époque au Reich allemand ; le rattachement à la France en 1919 avait respecté cette originalité. C’est ainsi que les rabbins consistoriaux alsaciens repliés à Marseille, comme le grand rabbin René Hirschler13 ou Simon Langer, continuèrent à recevoir leur traitement de l’État vichyste. Se retrouvèrent aussi à Marseille des orthodoxes alsaciens, comme l’association des Amis de la tradition juive ou ATJ, repliée de Colmar, et des membres de l’association orthodoxe de jeunes strasbourgeois Yechouroun14, disparue en tant qu’association depuis 1939. Ils furent rejoints un peu plus tard par l’Association des israélites pratiquants créée par un rabbin proche du hassidisme, Zalman Chneerson, qui quitte au début de 1941 sa maison d’enfants du château de Morelle, à Brout Vernet, pour se réfugier à Marseille avec ses protégés. Ces associations orthodoxes fonctionnaient selon des normes spécifiques. L’Association des israélites pratiquants (AIP) regroupait sous la houlette de Zalman Chneerson15, "barbe rousse, boitillant dans son caftan à la mode de Pologne", une centaine de personnes qui priaient dans l’oratoire de la rue Sylvabelle dans un « immeuble cossu dans un des plus beaux quartiers de Marseille […]. [Là] deux vastes chambres et un hall au rez-de-chaussée, une cuisine et deux pièces à l’entresol […]. Le rabbin réfugié avec sa famille dans l’entresol. La cuisine ne demeure pas inoccupée non plus : des ombres furtives apparaissent le soir et s’évanouissent le matin ; ce sont des évadés des camps d’internement de Vichy auxquels le rabbin donne asile. L’une des pièces du rez-de-chaussée sert de bureau et de salle de réception – défilé interminable de la misère juive –, l’autre, le bureau du rabbin, est en même temps une synagogue et une salle de cours ; on y célèbre les mariages et l’on y règle les divorces et même des litiges financiers." Les rapports successifs et les réponses du rabbin Salzer16 aux questionnaires envoyés par le Consistoire central pour faire le point sur la judaïcité française nous laissent entrevoir, entre décembre 1940 et le printemps 1942, une structure communautaire locale adaptée à la nouvelle situation. Au moment de reprendre les cours d’instruction religieuse pour les filles, le président David adressa une lettre à ses coreligionnaires, pour leur annoncer la nouvelle et les prier d’en faire part aux repliés dont, évidemment, il ignorait les adresses. D’un autre côté, les rapports d’activité des associations et des organisations juives nationales venues se réfugier dans la ville montrent que celles-ci se comportaient de manière totalement autonome. Il faut faire un effort de lecture pour se rendre compte qu’en fait il existait une certaine solidarité entre les réfugiés et les autochtones qui s’entraidaient, et que les dirigeants locaux participaient personnellement à l’élaboration de la politique commune, même si le personnel employé dans les instances nationales restait un personnel de repliés. Dès l’année 1940, des oratoires nouveaux et des Talmud Tora furent ouverts non seulement dans les centres d’accueil, comme celui de la rue des Convalescents ou de la rue Fauchier, mais encore dans divers quartiers de la ville. Le centre ou Œuvre du foyer israélite (Hachnassath Orchim), fondé en 1902, se trouvait rue des Convalescents. Il avait ouvert ses portes aux sans-abri qui dormaient dans les étages. L’oratoire de rite ashkénaze se trouvait au rez-de-chaussée et un second dans une pièce du premier étage. En dehors des heures des offices religieux, cette salle abritait une cantine où étaient servis midi et soir des repas chauds, soit entièrement gratuits soit soumis à un modeste paiement de principe, et en tout cas à la remise par tous les bénéficiaires de tickets de pain et de matière grasse. Simon Langer, aumônier militaire de juin à septembre 1940, puis aumônier des camps, se percevait lui-même comme le rabbin des réfugiés, et animait pour les ashkénazes les offices du samedi et des jours de fêtes dans une salle louée à cet effet boulevard Longchamp, quartier bourgeois et résidentiel. C’est encore lui qui assumait la formation religieuse des filles et des garçons de ce milieu. Les Éclaireurs israélites de France (EIF) avaient reconstitué plusieurs cours polycopiés à l’occasion du passage de Samy Klein, inspecteur des mouvements de jeunesse, et les offices du shabbat du temple de la rue Breteuil retrouvèrent un certain lustre. Quant au cercle d’étude du rabbin Salzer, ses effectifs avaient gonflé selon les dires du rabbin lui-même, qui ne précise pas davantage. En 1942, quatre-vingts garçons et filles recevaient une instruction religieuse dispensée par deux ministres-officiants assistés d’un répétiteur, dans un local de la synagogue de la rue Breteuil. Les réfugiés et repliés avaient leurs propres institutions. 12 Les villes voisines, Arles, La Ciotat, Cassis, riches elles-aussi de leurs réfugiés, purent ouvrir des lieux de prières et d’études grâce aux prêts de livres et de rouleaux de la Loi par le rabbin Salzer. Des officiants en surnombre à Marseille assumaient ces tâches nouvelles. Mathieu Muller, replié lui-même et dirigeant de l’Agoudat Israël17, avait collecté 5 000 livres en hébreu et objets rituels en Suisse pour les distribuer dans les camps de Gurs et des Milles18. Il n’était pas encore question, à l’époque, d’ouvrir une école juive. Il faut rappeler que, contrairement à ce qui se passa en Algérie où les élèves juifs furent exclus des écoles publiques, le gouvernement de Vichy ne prit pas de mesure d’exclusion de cette sorte en métropole. Les assistantes sociales déjà sur place, comme Nicole Salon-Weil19, se chargèrent donc de faire inscrire les enfants des familles réfugiées des centres d’accueil et des hôtels dans les écoles publiques du quartier. Elles se heurtèrent d’abord au manque de place, du fait de l’afflux des réfugiés, pas tous juifs loin de là : les assistantes sociales de l’OSE (Œuvre de secours aux enfants) constataient ainsi, au début de l’arrivée en masse des réfugiés en 1940, que 80 % des enfants juifs étrangers ne fréquentaient plus les écoles ; ces dernières étant bondées, les directeurs refusaient de recevoir de nouveaux élèves. Mais elles finissaient par avoir gain de cause : leurs interventions firent baisser le pourcentage d’enfants non scolarisés à 10 %20. Un peu plus tard, quand les Juifs étrangers furent internés dans des camps pour les hommes, dans des hôtels pour les femmes et les enfants, des écoles, ou plus exactement des cours, y seront institués avec l’aide de l’Éducation nationale qui consentit à un détachement d’heures. Des jardins d’enfants s’ouvrirent dans les hôtels Bompard et du Levant21. Même aux pires heures, l’éducation des enfants ne fut jamais négligée. L’OSE, en étroite collaboration avec le Comité d’aide aux réfugiés (CAR), prenait en charge les quatre-vingts enfants de l’hôtel du Levant, les trente-deux de l’hôtel Bompard, et les vingt-trois de l’hôtel Terminus, soit en tout quatre cent soixante enfants, y compris de nombreux cas particuliers. Tous étaient scolarisés et recevaient une instruction religieuse juive à côté de l’enseignement laïc, avec parfois une spécificité comme ces cours d’anglais dispensés à l’hôtel Bompard en juillet 194122. L’éducation juive Le 25 avril 1941 était créé à Marseille, à l’instigation de Samy Klein, le Comité directeur de la jeunesse juive avec un vaste programme d’éducation. En juin suivant, une association pour la jeunesse, la Jeunesse juive de France (JJF), se constituait dans la même ville pour regrouper la jeunesse juive non-adhérente aux Éclaireurs israélites et celle dont les associations avaient disparu du fait de la guerre. Les groupes Yechouroun et les jeunesses sionistes y participaient avec un statut à part : les anciens dirigeants gardaient leurs prérogatives et continuaient à gérer leurs mouvements de façon autonome. Yechouroun devenait la "section traditionaliste de la Jeunesse juive de France, d’une part, et la section de la Jeunesse des Amis de la Tradition juive ( ATJ) d’autre part24". Cette formation se voulait apolitique, et s’apprêtait à répondre aux besoins exprimés au cours d’une tournée d’exploration de six jeunes gens dans les six régions délimitées par le Consistoire en zone libre. Trois objectifs sont mis en avant dans le projet de statut de l’association : créer des cercles d’études et des cours religieux, organiser l’orientation et le reclassement professionnel de ses membres, développer l’esprit de camaraderie et d’entraide, les sentiments d’honneur, de dignité et le respect des lois. Un local avait été mis à la disposition de cette nouvelle association par l’OSE au 25 de la rue d’Italie. Adrien Benveniste, ex-professeur du lycée Thiers, exclu de l’enseignement par le statut des Juifs de 1940, dirigeait le conseil directeur avec l’aide de Julien Samuel. Cette association n’obtint jamais la publication de ses statuts en raison de la création de l’UGIF. Ses dirigeants participèrent cependant au camp de formation des cadres organisé par les EIF à Lautrec en août 1941, et animèrent à Marseille un service d’orientation professionnelle tous les mardis et les vendredis. Pour cela, des contacts avaient été établis avec les cours publics ou privés, les chantiers de jeunes chômeurs de la ville, et avec les écoles juives de reclassement professionnel de l’Organisation-Reconstruction-Travail (ORT). Soixante-treize Français et trente-quatre étrangers furent placés de cette manière. Des cours par correspondance portant sur les matières juives débutèrent25. Plusieurs autres initiatives allèrent dans le même sens : inauguration d’une bibliothèque à Marseille en présence de représentants des communautés de Nice, Cannes, Montpellier, Nîmes en juillet 194226, mais aussi envoi de livres et de rouleaux de la Loi aux internés des camps et des groupements de travailleurs étrangers par les soins du rabbin Salzer. Il fut même question, au début de l’année 1942, d’ouvrir un lycée juif dans la banlieue marseillaise27. En effet, la Commission centrale envisagea en septembre 1941 de rouvrir à Marseille l’école secondaire Maïmonide, créée en 1935 à Paris, puis à Boulogne-sur-Seine où elle préparait au baccalauréat une centaine d’élèves dont certains se destinaient à entrer au Séminaire rabbinique. Trois objectifs étaient visés : former des élèves-rabbins « à la française », ce dont le judaïsme français avait un besoin urgent ; accueillir des enfants refusés dans les lycées et collèges publics ; être un lycée juif. Le projet n’eut pas de suite, et c’est à Limoges en définitive que s’ouvrit le petit séminaire rabbinique en mai de l’année suivante28. Le Consistoire central manifesta un souci affirmé de l’instruction religieuse des jeunes. Une commission religieuse de la jeunesse, dont le secrétaire n’était autre qu’Adrien Benveniste, mit au point un nouveau programme29, tandis que, de son côté le Keren Kayemet le-Israel (KKL, ou Fonds national juif) créa un comité d’éducation, le Vaad Hachinouh30. Des manuels et des cours furent envoyés aux étudiants privés de professeurs ; les premiers cours par correspondance circulèrent à partir de janvier 1942, envoyés tour à tour de Marseille, du centre EIF de Moissac ou de Limoges ; en avril, 350 abonnements avaient été souscrits31. Des ouvrages furent publiés ou republiés – la méthode de lecture en hébreu et la grammaire du rabbin Joseph Bloch, Hillel ou le judaïsme d’Aimé Pallière, un manuel de langue hébraïque reproduit par le Vaad32. En dehors de la langue hébraïque et de sa grammaire, les thèmes d’études portaient essentiellement sur la pensée juive. Le programme de la Commission de l’instruction religieuse de la jeunesse à Marseille nous est parvenu grâce à une lettre d’Adrien Benveniste écrite avant son différend avec les autorités consistoriales, qui lui reprochaient son éloignement du judaïsme [sic] et finirent par le cantonner dans un rôle purement administratif33. Ce programme peut nous servir d’étalon. Voici quelques thèmes : "Notions sommaires sur les textes sacrés et bibliographie, Abraham, l’idée monothéiste dans le Pentateuque, la philosophie des Psaumes, David, Salomon, […] Philon et l’essai de synthèse judéo-hellénique, […] la méthode du Talmud […], Rachi…34". La méthode d’enseignement frappe par son modernisme. L’enseignement de l’hébreu se faisait par l’oral : « sur les textes étudiés, l’on posera aux élèves des questions en hébreu et ils répondront de même. Par exemple, si l’on traite l’histoire d’Abraham, cette conversation élémentaire portera sur tout ce qui concerne le patriarche ». Les disciplines traitées dans les devoirs étaient les suivantes : hébreu, histoire, « catéchisme » (c’est le mot employé), Bible, palestinographie, Michna et Talmud, Courants de pensée. Pensée juive et travail manuel Les mesures prises à l’encontre des étrangers mettaient ceux-ci dans l’impossibilité quasi absolue de se livrer à quelque activité que ce soit. Les exclusions raciales avaient également atteint de nombreux Juifs français en interdisant à beaucoup d’entre eux d’exercer leur profession habituelle légalement, d’où la nécessité d’envisager un reclassement, on dirait aujourd’hui une reconversion. L’émigration n’était facilitée – en principe – qu’aux Juifs étrangers. Les Français entre 17 et 45 ans ne pouvaient quitter le sol de la France. Rapidement les organismes d’assistance juive de la région de Marseille ressentirent leurs limites devant l’immensité de la tâche, d’où de nouvelles créations et une certaine spécialisation qui fut le critère de regroupement au sein de l’UGIF. Divers types de formation furent proposés : manuelle et artisanale, agricole36, technique. L’ORT et les associations affiliées, comme le Comité français de reclassement professionnel (CRP), se chargèrent du reclassement artisanal (2e direction de l’UGIF, Travail). L’OSE (3e direction, Santé) se réserva la reconversion des médecins, et l’entretien des enfants dans les maisons où leur étaient souvent proposés différents apprentissages37 ; l’EFI (entraide, 1re direction, Famille), le reclassement agricole ; les EIF (4e direction, Jeunesse) se chargèrent des jeunes. Mais tous participaient à cet immense labeur en donnant des bourses et des aides. Le travail manuel et le retour à l’enseignement professionnel, qui, par ailleurs, restait un bon moyen de transmettre les valeurs traditionnelles, étaient en quelque sorte la réponse obligée pour aborder une situation de crise grave38. Le CRP, déclaré le 3 juillet 1941 à la préfecture des Bouches-du-Rhône, avait pour objet de reclasser dans l’artisanat, l’industrie et l’agriculture des victimes de la guerre, et plus particulièrement les Français de confession israélite. Il proposait comme moyens la création de centres, des cours, des ateliers, la fourniture d’outils et de semences, et une aide aux élèves ayant achevé leurs études pour qu’ils puissent s’installer à leur compte ou trouver une situation. Le conseil d’administration, essentiellement composé de Marseillais, regroupait le bâtonnier Georges David, président, aidé de trois vice-présidents, le professeur de médecine David Olmer, Mme Consolo, fille du président du consistoire, et Félix Valabrègue, un industriel marseillais. Deux réfugiés vinrent compléter l’équipe : Samy Lattes, le secrétaire, et André Weil, le trésorier. Le professeur William Oualid, Pierre Dreyfus, et Édouard Saier représentaient l’ORT. Le CRP avait passé des accords avec le ministère de l’Agriculture et de l’Enseignement technique pour le placement d’élèves à l’École pratique d’industrie La Martinière à Lyon, à l’École professionnelle de Marseille, à l’École hôtelière de Nice et à l’École pratique de Brives Par ailleurs des ateliers avaient été créés par l’ORT et l’Association des israélites pratiquants (AIP) au sein de la deuxième direction de l’UGIF. L’impétueux rabbin Zalman Chneerson avait installé une école professionnelle au siège de son association, c’est-à-dire dans la cave de son appartement, rue Sylvabelle39 ; elle se transforma en « compagnie de travailleurs » lorsque Vichy décida d’y incorporer les Juifs étrangers. Il y avait intégré pendant un certain temps Joseph Bass, le futur dirigeant du Réseau Bass40, comme professeur de dessin industriel aux côtés du secrétaire Léon Poliakov. Un cours d’électricité et de radio y était donné à quarante-deux étudiants par le Dr Radzowitz, célèbre physicien viennois. Au siège de l’ORT, dans un bel immeuble cossu place Alexandre Labadie, dix-sept filles suivaient les cours de coupe et de couture, trente élèves s’étaient inscrits à l’atelier de réparation de machines à coudre, trente autres à celui de réparation de bicyclettes. Un accord inventant la formation par alternance, décidé entre l’ATJ et Yechouroun41, envisagea au printemps 1942 la fondation d’une école de cadres Beth-Yacov, réservée aux jeunes filles désireuses de se former à un métier tout en continuant à suivre des cours d’instruction religieuse. Il fut prévu que ces jeunes filles feraient le matin des stages soit au centre médical de l’OSE, soit dans d’autres œuvres (jardins d’enfants, ateliers divers, travail de bureau), les après-midi étant consacrées à l’étude. Des cours de connaissance générale du judaïsme, de littérature, de Bible, ces derniers sous la direction du rabbin Munk, leur seraient dispensés par Paul Klein et son épouse, dans une petite salle de la synagogue de la rue Breteuil, où se tenaient d’ordinaire les offices de rite ashkénaze. 29 L’étude avait été parée de toutes les vertus. Elle fut conçue pendant l’Occupation comme un moyen de résister et de rester humain. Au cours de leur tournée dans les régions, les délégués de la « collecte du grand rabbin » ne trouvaient rien de mieux, pour collecter des fonds et attirer leurs coreligionnaires dans les réunions, que d’organiser des conférences. La commission de la collecte allait jusqu’à proposer des plans d’intervention très bien structurés dans lesquels étaient abordés les problèmes du moment. 30 Mais les structures éducatives de Marseille furent balayées par la violence des persécutions de 1943 et 1944 : rafles massives, arrestation ou passage dans la clandestinité des principaux dirigeants communautaires42. Toute l’équipe de l’OSE de Marseille quitta la ville au printemps de 1943, soit pour Limoges, soit pour la Drôme et l’Ardèche, où les enfants furent mis en lieu sûr43. Pour les Juifs de Marseille, la survie physique passa au premier plan, et l’éducation juive se cantonna au cercle familial, dans des refuges hors de la ville et dans la clandestinité… sans oublier ceux qui ne connurent que les camps. Renée Dray-Bensousan "L'éducation juive à Marseille sous Vichy
(1940-1943) : une renaissance circonstancielle", Archives Juives
2/2002 (Vol. 35), p. 46-59. 13/09/2011 Les camps et les lieux d'internement des Bouches-du-Rhône
104e GTE de Salin-de-Giraud13200
Arles Les lieux de sauvetage des Bouches-du-Rhône
Aumônerie générale 13000
Marseille Maires de Marseille Henri Tasso Maire de Marseille (1935-1939) Cultes à Marseille Israël Salzer Grand Rabbin de Marseille ( de 1929 à 1975 ) Familles réfugiées à Marseille
[Compléter] 11 Familles arrêtées (Marseille)
[Compléter] 1944 Famille Aboudy
- Élie, 17 ans, né en 1927 à Marseille, habitait 16, rue Saint-Michel.
Arrêté parce que juif, Élie sera déporté sans retour vers Auschwitz. 06/01/1944 Famille Amon 05/1944 Famille Bass 05/1944 Famille Behmoiras 1943 Famille Bénichou Voir les 11 familles arrêtées dans la commune Chronologie 02/11/1940 - Le gouvernement de Vichy révoque 3 préfets
et les places en disponibilités. M. Jouany, préfet d'Ille-et-Vilaine, M.
Moulin, préfet d'Eure-et-Loir, et M. Morel, préfet dans les Hautes
Alpes. Témoignages, mémoires, thèses, recherches, exposés et travaux scolaires
[Ajouter le votre] Pas de travaux actuellement sur ce sujet… Vous pouvez mettre le votre en
ligne sur le site ajpn.org. Liens externes
[Ajouter un lien vers un article d'intérêt ou un site internet] Notes |
| Préfets : |
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Marcel Ribière
(1940 - 1943) Marcel Julien Henri Ribière, Préfet de la région de Marseille (Alpes-Maritimes, Basses-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence), Bouches-du-Rhône, Corse, Gard, Hautes-Alpes, Var et le Vaucluse) (1892-1986) |
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Max Bonafous
(1941 - 1942) Préfet des Bouches-du-Rhône (1900-1975) |
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Adelin Rivalland (1942 - 1943) Adelin Pascal Jean Joseph Rivalland (1893-1965) |
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Antoine Lemoine (1943 - 1944) Antoine Jean Marcel Lemoine, Préfet des Bouches-du-Rhône |
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Jacques Bussière (1944 - 1944) Jacques Félix Bussière, Préfet des Bouches-du-Rhône. Arrêté, interné au camp de Compiègne puis déporté en Allemagne, il mourra en déportation (1895-1945) |
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Émile Malican
(1944 - 1944) Émile Gabriel Louis Marie Malican, Préfet des Bouches-du-Rhône |
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Jean Chaigneau * (Mai 1943 - Mai 1944) Marie Joseph Jean Chaigneau, Préfet de la région de Marseille (Alpes-Maritimes, Basses-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence), Bouches-du-Rhône, Corse, Gard, Hautes-Alpes, Var et le Vaucluse). Arrêté en mai 1944 par les Allemands, il est déporté au camp d'Eisenberg |
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Raymond Aubrac
(1944 - 1945) Raymond Aubrac, de son vrai nom Raymond Samuel, Commissaire de la République de la région de Marseille (Alpes-Maritimes, Basses-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence), Bouches-du-Rhône, Corse, Gard, Hautes-Alpes, Var et le Vaucluse) (1914) |
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Paul Haag
(1945 - 1946) Paul Maurice Louis Haag, Commissaire de la République de la région de Marseille (Alpes-Maritimes, Basses-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence), Bouches-du-Rhône, Corse, Gard, Hautes-Alpes, Var et le Vaucluse) (1891-1976) |