Albert Veissid, un Lyonnais de 85 ans, a appris l'existence d'un message dont il est signataire découvert hier a Auschwitz. Sauf que, s'il était bien dans le camp en 44, il n'a rien écrit.
Les ouvriers travaillant dans un bâtiment qui avait appartenu a l'ex-camp nazi Auschwitz-Birkenau ont découvert une bouteille, renfermant un message, écrit il y a 65 ans par sept prisonniers de ce camp de la mort. Les ouvriers l'ont retrouvé au moment ou ils abattaient une cloison a l'École supérieure d'Auschwitz qui, pendant la guerre, avait servi d'entrepôt aux gardes allemands du camp.
Écrit a la main, le message est daté du 20 septembre 1944.
Il explique que ses signataires, un Français et sept Polonais, tous âgés de 18 a 20 ans, étaient employés a la construction d'un abri anti-aérien.

Albert Veissid, de Lyon, numéro A12063, est le signataire français.

Albert Veissid, père deux fois et grand-père trois fois, né en 1924 à Constantinople (Istanbul), est arrivé a Lyon a l'âge de 8 mois. Il habitait « a la Guillotiere, 11 rue Turenne, un immeuble aujourd'hui classé monument historique. « Après, j'ai travaillé dans un magasin de confection rue Moncey. J'ai quitté le Rhône trois ans après mon retour des camps. »

Arrêté a Lyon en juillet 1943 « avec 60 autres israélites », Albert Veissid  est interné à la prison Saint-Jean, puis au Fort de Chapoly, et transféré en septembre  au Camp Malaval à Marseille puis dans une carrière de Miramas où il reste pendant 5 mois comme « travailleur étranger ». Finalement en février 1944 il est envoyé à Drancy avant de rejoindre Auschwitz-Birkenau le 30 mai 44. « J'ai travaillé à la consolidation d'un bunker, puis j'ai été clarinettiste dans l'orchestre du camp. J'avais appris la clarinette avec le 1er clarinettiste de l'Opéra de Lyon. »

« C'est là, raconte-t-il, que je pense avoir fait la connaissance de ces Polonais chrétiens qui travaillaient en haut et dont les six noms figurent aux côtés du sien dans la bouteille.
C'est vrai que je leur ai rendu des services: en haut, c'était le ravitaillement et souvent ils volaient des seaux de marmelade que je cachais en bas. Peut-être que par remerciement, ils ont mis mon nom dans la bouteille. J'ai sympathisé avec eux, mais très peu. Par contre, grâce à eux, j'avais beaucoup de soupe pour moi et mon camarade, parce qu'ils avaient beaucoup à manger. C'était une soupe bien épaisse, j'en mangeais le maximum et le restant je le donnais aux déportés qui passaient », poursuit-il.

« Là-bas, je mangeais a ma faim mais ce n'était plus le cas quand on a été évacué le 18 janvier 45. On est allé a Buchenwald puis a Berga. C'est la que j'ai connu la souffrance de la déportation. »
Il entame une longue marche à travers l'Allemagne « J'ai manqué mourir a Buchenwald, je n'avais plus que la peau sur les os. J'ai finalement été libéré en Tchécoslovaquie, par les Américains ».
Il rejoint enfin la France par train, où sa famille peine à le reconnaître. « J'étais un squelette. Une semaine de plus, je ne revenais pas », confie-t-il. Après trois années de sanatorium, Albert travaille comme musicien
puis se marie et devient marchand dans les années 1950.

Le Lyonnais n'a pas oublié les épreuves. Dimanche, il est ainsi allé porter une gerbe de fleurs au monument des déportés a Miramas. Sur les huit signataires du message retrouvé, seuls deux ont survécu aux camps de la mort.

The Story Behind Auschwitz Bottle Message
by Hillel Fendel

A note found in a bottle hidden inside an Auschwitz wall tells the story of six Christians and a Jew whose cooperation helped at least some of them survive the Nazis.
Workers demolishing the wall of a building outside the Nazis’ Auschwitz-Birkenau death camp last week found a message in a bottle written by prisoners 65 years ago. The message hints at what happened to six Christians and one Jew whose cooperation helped them survive the Nazis. The Jewish survivor, Albert Veissid, tells the full story.
The names of seven prisoners – mostly Polish Christians, though one was French and one was Jewish – are still legible on the note. Their Nazi-imprinted camp numbers, hometowns, and the fact that they were “all between 18 and 20 years of age” can also be read. The message was written in pencil and is dated September 9, 1944.
The bottle was buried in a concrete wall that prisoners had been compelled to reinforce. The wall was in a building used as a warehouse by the Nazis and more recently by a school, located a few hundred meters from the actual camp. An Auschwitz museum spokesman said the authors of the note "were young people who were trying to leave some trace of their existence behind them.”

Author Died in 1997
In the days following the news of the discovery, information has been learned about some of the seven men. The author was Bronislaw Jankowiak, a Catholic Pole who was sent to the camp in 1943.  He fled to Sweden in 1945, where he died in 1997. His handwriting was recognized by a friend and by his daughter, Irene Jankowiak of SwedenShe told the AFP news service she was “stunned” when she found out her father's name was on the list, and that he had spoken very little about his time in the camp.  "The clock stops at that moment and history came back to me and my family. [We] started wondering who he was and why he didn't tell us about it," Irene said.

Two Others
Another prisoner listed on the note, Karol Czekalski, now 83, still lives in his hometown of Lodz in central Poland, according to Auschwitz-Birkenau museum officials, and Polish website Onet.pl reported that another of those named, Waclaw Sobczak, 84, is living in Wrabczyn in western Poland.

Telling the Story Behind the Note
But possibly the most interesting name on the list, and the one who sheds the most light on its background, is that of Albert Veissid, 84, a Jew who lives in Marseille, France.
Veissid stashed stolen marmalade for his six fellow prisoners in an Auschwitz bunker, and in exchange, the Christians gave the Jew their extra soup – and included his name on their list. Veissid told an Associated Press reporter that he never knew about the list of names in the bottle. "I'm so very, very surprised," he said. “A bit troubled, too.”
Veissid, a retired mason and clarinet player, told AP that he was born in Turkey, arrived in France as an infant, and was picked up at age 18 by the Gestapo. He was then sent to a string of prisons and camps before landing at Drancy, a transit camp northeast of Paris from where 76,000 Jews were sent to concentration camps; only about 3,000 returned.
Currently the site of a memorial to the deported Jews, Drancy was in the news just three weeks ago when it was vandalized and painted with swastikas in an anti-Semitic incident.
"I'm surprised that these Poles put me in this bottle," Veissid said. "I knew their faces, but didn't remember the names." The Christian Poles worked on building sites while Veissid worked beneath them, securing a bunker. They would steal marmalade and other provisions during the day, give them to him for safekeeping, and come at night to retrieve them, he said.
In exchange, they brought him some of their left-over soup. "They brought it to me,” Veissid recounted, “and there was still so much that I gave it to others. I imagine they [included me on their list] out of recognition that by hiding [their supplies], I risked my life.”

The Death March
In April 1945, seven months after the list was written and hidden, the Nazis sensed impending defeat and forced Veissid and many others to walk without food for nearly three weeks to another camp. Many survivors have described these ‘death marches’ as even worse than the preceding years of torture. "If the war had lasted one more week, I wouldn't be here," Veissid said.
When the war ended, he was taken by the Americans to Nuremberg, from where he took a train to France, beginning his life as a “survivor of the Holocaust.”
At least 1.1 million people, 90% of whom were Jews, were killed in Auschwitz-Birkenau between 1940 and 1945.

(IsraelNationalNews.com)

http://www.scribd.com/doc/16687115/Magazine-municipal-de-la-ville-dAllauch-n102-juin-2009
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Albert Veissid: matricule A 12 063, rescapé du convoi n° 75 du 30 mai 1944 Un message daté du 20 septembre 1944 et signé par sept prisonniers d'Auschwitz, vient d'être retrouvé enfermé dans une bouteille et emmuré dans le sous-sol d'une école de la ville d'Oswiecim en Pologne (ville où se trouvait le camp d'Auschwitz-Birkenau). Outre la date, le nom du camp et la section de travail, chaque prisonnier y a également noté au crayon son numéro de matricule, son nom et même sa ville et pays d'origine. 65 ans plus tard, ce papier fait ressurgir un des évènements les plus marquants de l'histoire contemporaine par l'horreur incommensurable de l'extermination des juifs de l'Europe occupée. "Ceux qui ne connaissent pas l'Histoire, s'exposent à ce qu'elle recommence..." Elie Wiesel, Prix Nobel de la Paix en 1986 Aujourd'hui, nous vous livrons le témoignage bouleversant d'un des signataires de ce même message et l'un des derniers survivants de cette infamie. Un allaudien de 85 ans qui a travaillé dans ce même bâtiment. «Je suis né le 22 mai 1924 à Constantinople (Istanbul) et c'est à l'âge de 8 mois que j'arrive à Lyon. Avant que ma vie ne bascule en ce triste mois de juillet 1943, j'exerce le métier de vendeur dans un magasin de vêtements. Également musicien je joue de la guitare classique depuis mes 16 ans et suis des cours de clarinette au Conservatoire de Musique de Lyon». Arrêté à son domicile, Albert Veissid, est transféré à la prison Saint-Jean puis au Fort de Chapol. Il entame alors une longue route dans l'exode de la peur. Le 2 septembre 1943 il est affecté au 202ème GTE (Groupe de Travailleurs Émigrés) du Camp de travaux forcés de Miramas puis transféré aux Baumettes en février 1944, d'où il a été conduit à Drancy. Il est déporté à Auschwitz le 30 mai 1944 par le convoi n° 75, où la plupart des hommes, femmes et enfants seront immédiatement exterminés dans les chambres à gaz. Bien qu'il n'ait aucune connaissance en maçonnerie il s'inscrit, dès son arrivée, comme maçon : «Sur les conseils d'un ami, je me déclare maçon, c'est certainement ce qui m'a sauvé. Je suis affecté à la 32 construction d'un «bunker» en sous-sol avec un hongrois. Là je fais connaissance avec des prisonniers polonais chrétiens qui travaillaient au ravitaillement. Grâce à eux j'ai pu manger à ma faim et même distribuer le surplus à d'autres déportés. Mais si toutefois je n'ai aucun souvenir de ce message, c'est bien mon numéro de matricule qui y figure. Je pense que c'est pendant cette période que ce message a été écrit, enfermé dans une bouteille et coulé dans le béton». Plus tard il fera partie de l'orchestre de déportés du camp : «La vie dans les camps d'extermination ne tenait qu'à un fil. Pour y survivre il fallait se débrouiller. La musique fut une nouvelle chance pour moi. Pendant que la mort rodait nous déversions de la musique au milieu de toute cette absurdité. Nous jouions pour les départs et les retours au camp des prisonniers travaillant à l'extérieur. Et certains dimanches nous donnions des concerts pour les allemands, c'était la règle». Malgré la destruction des chambres à gaz par les «Nazis» en novembre 1944, essayant d'effacer toute trace de génocide, celui-ci ne s'arrêtera pas pour autant. A l'évacuation, le 18 janvier 1945, du camp d'Auschwitz, Albert Veissid commence alors la longue «marche de la mort». Il a parcouru des dizaines de kilomètres par jour dans un froid glacial. Ballotté d'un camp à un autre il arrive enfin squelettique à Karlsbad (aujourd'hui Karlovy Vari, République Tchèque) où il découvre, dans la plus grande stupeur, les soldats alliés. Vers le 25 mai 1945 il sera transféré à CharlevilleMézières avant de retrouver ses parents à Lyon. Très humble, c'est avec beaucoup d'émotion que Monsieur Veissid témoigne de l'extermination par la faim, des rafles, des fusillades massives, du travail forcé, des coups, de l'absence d'hygiène, des trains de la mort, des camps de concentration, des chambres à gaz et des fours crématoires. Mais c'est lorsqu'il parle du sort réservé aux femmes et aux enfants qu'il est le plus intimement touché. Pour ne pas oublier les six millions de victimes de la Shoah et pour que toutes ces atrocités ne se répètent pas, il faut se souvenir.

Message dans une bouteille trouvée à Auschwitz: la surprise d'Albert Veissid
(AFP) – 28 avr. 2009

ALLAUCH (AFP) — "Cette bouteille m'a un peu traumatisé, c'est une énigme": Albert Veissid, déporté juif français à Auschwitz, aimerait comprendre pourquoi son nom figure dans un message caché dans une bouteille retrouvée récemment sur les lieux du camp nazi.
"C'est incroyable. Moi je me souviens de tout dans le camp, de A à Z, et en vous parlant, j'ai les images devant les yeux. Mais cette histoire de bouteille, c'est une énigme. La plus grande surprise de ma vie", confie cet ancien marchand forain de 84 ans, cheveux blancs et toujours alerte.
C'est sa petite-fille qui l'a prévenu de la découverte. Depuis, le téléphone n'arrête pas de sonner dans sa maison d'Allauch, sur les hauteurs de Marseille.
"Je n'aime pas témoigner sur cette période. Beaucoup vont dans les écoles, moi je ne l'ai jamais fait", explique-t-il, même s'il est retourné dans le camp avec l'Association fonds mémoire d'Auschwitz.
"Mais comme cette histoire m'intrigue, là, je joue le jeu. C'est une révolution pour moi", poursuit-il, glissant dans un sourire qu'on en fait "peut-être beaucoup pour une bouteille".
Albert Veissid, né en 1924 à Constantinople (Istanbul), arrive à Lyon à huit mois. Vendeur dans un magasin de confection et musicien, il est arrêté en juillet 1943 et transporté à la prison Saint-Jean, puis au Fort de Chapoly.
En septembre, il est transféré au Camp Malaval à Marseille puis dans une carrière de Miramas dont il a gardé sa fiche de "travailleur étranger". En février 1944, il est envoyé à Drancy puis déporté à Auschwitz le 30 mai.
Sous le matricule 12063, il se déclare maçon, sur le conseil d'un ami, et travaille à la consolidation d'un bunker.
"C'est là, raconte-t-il, que je pense avoir fait la connaissance de ces Polonais chrétiens qui travaillaient en haut" et dont les six noms figurent aux côtés du sien dans la bouteille.
"C'est vrai que je leur ai rendu des services: en haut, c'était le ravitaillement et souvent ils volaient des seaux de marmelade que je cachais en bas. Peut-être que par remerciement, ils ont mis mon nom dans la bouteille".
"J'ai sympathisé avec eux, mais très peu. Par contre, grâce à eux, j'avais beaucoup de soupe pour moi et mon camarade, parce qu'ils avaient beaucoup à manger. C'était une soupe bien épaisse, j'en mangeais le maximum et le restant je le donnais aux déportés qui passaient", poursuit-il.
M. Veissid intègre ensuite l'orchestre du camp (clarinette). A l'évacuation d'Auschwitz en janvier 1945, il entame une longue marche à travers l'Allemagne et rejoint enfin la France où sa famille peine à le reconnaître.
"J'étais un squelette. Une semaine de plus, je ne revenais pas", confie-t-il. Après trois années de sanatorium, Albert travaille comme musicien puis se marie et devient marchand dans les années 1950.
Sur les sept personnes de la bouteille, M. Veissid est l'une des deux seules à avoir survécu à Auschwitz. "Qu'il y ait mon nom avec eux, je ne peux pas comprendre. Mais j'aimerais bien savoir ce qui est marqué. Il ne doit pas y avoir que des noms, il doit bien y avoir un message..."
D'autres détails de cette histoire devraient être publiés en Pologne prochainement.
 

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