Simon Laks
Cybèle 162202 (SACD)
Holger Groschopp (Piano Steinway D)
Date de sortie: 4th Nov 2022

 

 

 

 

Sonatine for piano (1927)
Trois Polonaises varsoviennes du XVIIIe siècle
Sonate brève (1946)
Ballade "Hommage a Chopin" (1949)
Prélude, Blues et Polka
Suite dans le goût ancien (1966)
Les Filles du forgeron (1964/2020)

Les œuvres pour piano de Simon Laks ne forment pas un bloc monolithique, comme les cinq quatuors à cordes auraient pu être représentés si les deux premiers n’avaient pas été perdus. Il n’y a pas de corpus de sonates pour piano, par exemple, et pas de vastes collections de préludes ou d’études de concert. Les pièces pour instruments à clavier datent de différentes phases de sa vie dans les contextes les plus divers; la plupart d’entre elles sont restées inédites ou même non jouées de son vivant et peuvent dans certains cas être classées comme des œuvres occasionnelles. L’une des forces de la présente collection réside précisément dans l’hétérogénéité de ces œuvres, car on retrouve ici toutes les facettes de sa production musicale : styles parisiens des années 1920 (Sonatine), éléments néo-classiques et néo-baroques (Sonate brève, Suite dans le goût ancien), échos de l’impressionnisme (Prélude), inspiration tirée de la musique légère (Blues, Polka), ainsi qu’une parfaite sensibilité au monde sonore de Chopin (Ballade), au 18ème siècle (Trois Polonaises) et au folklore yiddish (Les filles du forgeron). Simon Laks est né à Varsovie en 1901, a étudié les mathématiques à Vilnius et la musique dans sa ville natale et à Paris, où il a vécu en permanence à partir de 1926 et a francisé son prénom de Szymon à Simon. 1941 s’avère être l’année décisive de sa vie. En mai, en raison de ses origines juives, il est interné au camp de concentration de Beaune-la-Rolande (entre Paris et Orléans), d’où il est déporté au camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau en juillet 1942. Il passe finalement les derniers mois de la guerre d’octobre 1944 jusqu’à la libération américaine à Sachsenhausen et Dachau. Il n’a pu survivre à Auschwitz que parce que ses compétences musicales lui ont permis de diriger l’orchestre du camp. L’attention que le compositeur reçoit dans le cadre de la culture de la mémoire de l’Holocauste recèle néanmoins un piège : se sentir satisfait des représentations de ses œuvres lors des journées commémoratives habituelles ou lors de colloques pertinents – une ghettoïsation renouvelée – devient trop facile tout en oubliant ainsi que la musique de cette qualité devrait trouver sa place dans les saisons normales de concert.