Berg / Zemlinsky / Webern / Busoni : Lieder
01. F. Busoni : Berceuse Elégiaque Opus 42 (1909) [arr. A. Schönberg - 1920] for 2 Violins, Alto, Cello, Double Bass, Harmonium, Piano, Flute and Clarinet
A. Berg : Sieben frühe Lieder Opus 4 (1905-1908) [arr. Reinbert De Leeuw] for Soprano, 2 Violins, Alto, Cello, Double Bass, Harmonium, Piano, Flute and Clarinet
02. I. Nacht 3:52
03. II. Schilflied 1:55
04. III. Die Nachtigall 2:04
05. IV. Traumgekrönt 2:32
06. V. Im Zimmer 1:14
07. VI. Liebesode 1:45
08. VII. Sommertage 1:42
A. Zemlinsky : Sechs Gesänge nach Maeterlinck Opus 13 (1913) [arr. Erwin Stein] for Soprano, 2 Violins, Alto, Cello, Double Bass, Harmonium, Piano, Flute and Clarinet
09.I. Die drei Schwestern 3:31
10.II. Die Mädchen mit den verbundenen Augen 2:47
11.III. Lied der Jungfrau 2:09
12.IV. Als ihr Geliebter schied 1:50
13.V. Und kehrt er einst heim 3:06
14.VI. Sie kam zum Schloß gegangen 4:08
15. A. Webern : Passacaglia Opus 1 (1908) [arr. Reinbert De Leeuw] for 2 Violins, Alto, Cello, Double Bass, Harmonium, Piano, Flute, Clarinet and Oboe
La notice nous l’explique en long et en large : Schönberg, mis à l’écart de la
vie musicale viennoise pour ses audaces, crée sa propre « société d’exécutions
musicales privées ».
Face au manque de moyens humains et matériels, il décide de
réarranger toute une série d’œuvre de sa main ou de ses proches pour petit
ensemble d’une dizaine d’instruments, dont un harmonium.
Le présent CD veut
documenter cette période passionnante de l’histoire de la musique, en restituant
plusieurs de ces arrangements.
Hélas, une des principales caractéristiques de cette musique viennoise juste
avant son basculement vers l’atonalité, c’est son opulence orchestrale.
Que l’on
songe aux Gurre-Lieder,
où Schönberg va jusqu’à utiliser 5 (!) clarinettes, où tout ruisselle d’un flot
infinis de couleurs, ou au Sommerwind de
Webern.
Lorsqu’on dépouille ces œuvres de leur parure orchestrale, n’en ressort
plus que la relative sécheresse et le côté intellectualisant, comme un squelette
privé de chair.
L’auditeur a l’impression de traverser un désert musical, où les
oasis sont trop rares, et où, comme un mirage, il perçoit de temps en temps les
sonorités bien incongrues d’un harmonium, dont on se demande vraiment ce qu’il
fait là.
Les œuvres purement instrumentales souffrent particulièrement de ce traitement :
la Berceuse élégiaque de Busoni perd de son impact physique, et donne
l’impression de ne pas savoir très bien où elle va, malgré la direction
attentive de Reinbert
de Leeuw.
Quant à la Passacaille de
Webern, on la regarde comme un exercice de conservatoire, réalisée certes par un
étudiant excessivement doué, mais privée de tout frémissement, de toute émotion.
Une arabesque cubiste, si l’on nous permet cette comparaison avec les arts
plastiques.
Dans la partie vocale, les choses « passent » mieux, grâce au talent de la jeune Katrien
Baerts. Dotée d’un timbre fin comme une pointe d’épingle, la chanteuse
belge négocie avec adresse les intervalles redoutables dont Berg et Zemlinsky
ont parsemé leurs lieder, courts mais périlleux.
La prononciation est aussi
bonne qu’elle peut l’être dans des morceaux où le texte n’est pas aisé à rendre,
et la justesse n’est jamais prise en défaut.
Seul problème, mais il est de
taille : on ne trouvera rien de vraiment original dans ce timbre, rien qui le
singularise et qui permette de le distinguer des autres.
Dans une musique où, on
le répète, la couleur est un trait essentiel, c’est regrettable. Surtout que la
concurrence est rude : Renée Fleming dans Berg (Deutsche Grammophon) ou Soile
Isokoski dans Zemlinsky (EMI) ont laissé des témoignages autrement plus
personnels.
Et, régulièrement, le plaisir musical est dérangé par cet ahanement
d’harmonium qu’on dirait sorti d’une petite église de province. Non, vraiment,
ce n’est pas possible … Un disque au concept intéressant, mais à réserver aux
collectionneurs.